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DES VIGNES AU
PLAISIR
TOUT SUR LA VENDANGE 1997 Un cycle viticole laborieux avec un résultat inespéré !
VOLUME DE LA RECOLTE : UN COUP D'ARRET DANS UNE SUCCESSION PROLIFIQUE La vendange 1997 met fin à une impressionnante série de récoltes abondantes. Depuis 1989, chaque année, le vignoble champenois a produit, quels que soient les aléas climatiques et les attaques parasitaires, des quantités importantes de raisins. Tous ces volumes, qui arrivaient dans une conjoncture économique difficile, n'ont pas bénéficié de l'appellation Champagne. Il a fallu recourir à l'instrument que constitue la fixation du rendement à l'hectare pour maîtriser l'exubérance des vignes. La nature a tenu à rappeler aux Champenois qu'elle garde toujours la maîtrise des récoltes. Et comme pour compenser sa grande mansuétude au cours de ces dernières années, elle vient d'accabler la Champagne. L'accumulation de tous les maux Le vignoble était à peine endormi après la vendange 1996 que déjà il subissait les assauts du froid et jusqu'à la vendange suivante tous les maux imaginables se sont acharnés sur lui dans un déchaînement rarement constaté. Dès le 25 décembre 1996 un froid presque sibérien tombe sur la Champagne. Les températures descendent régulièrement en-dessous de - 20°C dans la plupart des régions du vignoble. Le record s'établit aux Riceys avec - 24,2°C. Le gel persiste jusqu'au milieu du mois de janvier 1997. Il rappelle, par son ampleur et sa persistance, le sinistre hiver 1985 au cours duquel nombre de ceps avaient été détruits. A leur tour, les gelées de printemps (jusqu'à - 7°C) se succèdent du 22 mars au 8 mai 1997. Au cours du mois d'avril, il gèle treize fois à Reims. Les jeunes bourgeons sont atteints, surtout dans la Montagne de Reims, la Côte des blancs, la région d'Épernay et la Côte des Bar. Au total, les surfaces complètement détruites par le froid s'élèvent à environ 3 000 hectares, soit 10 % de la Champagne. Arrivent ensuite des pluies orageuses violentes accompagnées de grêlons. A six reprises la commune de Colombé-le-sec est grêlée. Un déluge frappe la région d'Épernay : il tombe jusqu'à 100 millimètres d'eau à l'heure et plusieurs villages sont inondés et envahis par des coulées de boues. Près de 1 300 hectares, situés aux quatre coins du vignoble, sont touchés. La foudre elle-même, véhiculée par les fils utilisés pour le palissage, cause des dégâts dans les vignes. La forte humidité
qui résulte de ces pluies et le développement d'épisodes
doux provoquent alors l'apparition du botrytis sur les feuilles comme
sur les grappes. L'abaissement du rendement de base Les prévisions de la récolte pendante ont conduit les représentants des récoltants et des négociants à envisager un rendement AOC à l'hectare inférieur à celui de la vendange 1996 qui était de 10 400 kilos de raisins à l'hectare. Rappelons que, depuis le décret du 3 septembre 1993 relatif à l'appellation d'origine contrôlée Champagne, le rendement de base, qui s'applique en principe chaque année, est de 10 400 kilos de raisins à l'hectare. Ce rendement peut être dépassé, dans la limite maximale de 25 %, à la suite d'une décision du Comité national des vins et eaux-de-vie de l'Institut national des appellations d'origine et d'un arrêté interministériel. Mais il peut aussi, en application du décret du 10 septembre 1993 relatif au rendement des vignobles produisant des vins à appellation d'origine contrôlée, être diminué, "pour une récolte déterminée, et notamment en raison d'accidents climatiques", selon la même procédure. Telle était bien la situation en Champagne. C'est pourquoi, sur proposition champenoise, le Comité national des vins et eaux-de-vie de l'Institut national des appellations d'origine a fixé le rendement autorisé à 10 000 kilos de raisins à l'hectare. Imposée par les circonstances, une telle limitation demeure cependant conforme à l'orientation définie lors de la mise en place du cadre relationnel entre le Vignoble et le Négoce pour la période allant de 1996 à 1999. Quant au rendement moyen effectivement obtenu par la Champagne lors de la vendange 1997, il ressort à 9 423 kilos de raisins à l'hectare. Sans doute s'agit-il du rendement le plus faible obtenu depuis 1985, mais il reste cependant supérieur à celui de récoltes de disette, qui ne sont pas si lointaines, telles que 1978, 1980 et 1981 dont les rendements se situèrent entre 3 681 kilos et 5 309 kilos de raisins à l'hectare. Contrairement aux années précédentes, les raisins récoltés au-delà du rendement autorisé ont été très peu nombreux ; ces raisins constituent des excédents sans appellation qui sont destinés, en application de la réglementation en vigueur, à la distillation. Tous les raisins
ont été coupés. Seuls ont été laissés
dans les vignes, par des cueilleurs méticuleux, les grappes insuffisamment
mûres ou encore celles atteintes par le botrytis ou le mildiou. QUALITE DES RAISINS : DE SUPERBES GRAPPES SAINES ET MURES Les multiples maux qui se sont abattus sur le vignoble et ont restreint le volume de la récolte allaient-ils également compromettre la qualité des raisins ? Il n'en fut rien pour deux raisons essentielles. Tout d'abord, en
dépit d'épisodes pluvieux, l'été a été
particulièrement propice au développement qualitatif des
raisins. On remarque des températures caniculaires, autour de 35°C,
et la moyenne du mois d'août atteint 22,5°C, soit un gain de
4,5°C par rapport à la normale. Un seul mois d'août a
été plus chaud, celui de 1904 avec 23,8°C. Sous ce chaud
soleil réparateur et dans la douceur de nuits constellées,
les grappes survivantes ont retrouvé un tonus exceptionnel. La programmation rigoureuse des dates de la cueillette Les premiers prélèvements
effectués le 18 août dans près de quatre cents parcelles
montraient des distorsions très marquées selon les cépages
et les régions dans l'évolution de la maturité des
raisins. En particulier, on notait le retard important des grappes de
chardonnay de la Côte des blancs. Ce cépage et cette région
faisant preuve traditionnellement d'un caractère hâtif, certains
professionnels ont redouté une insuffisante maturité à
la vendange. Tout au contraire, il a suffi d'une dizaine de jours, avant
et au début de la cueillette dans les autres régions, pour
que ce retard soit très largement comblé. Les premiers coups
de sécateurs ont été donnés dès le
12 septembre pour le cépage pinot noir de quelques crus de la Côte
des Bar. Mais la date la plus fréquemment retenue dans cette région
fut le 17 septembre. La perspective de beaux vins d'assemblage La synthèse des analyses effectuées sur les raisins tout au long de la vendange a permis d'établir les résultats suivants quant au degré potentiel et à l'acidité totale de la récolte. Le titre alcoométrique,
qui s'élève à 10,2 %, est nettement supérieur
à la moyenne des vingt dernières années. Il se situe
entre celui de 1990 (10,6 %) et celui de 1989 (10,1 %), à un niveau
proche de celui de 1996 (10,3 %). Il dépasse largement celui de
nombreuses vendanges telles que 1991, 1993 et 1994 (9,1 %), 1995 (9,2
%) et même 1992 (9,9 %). Quant à l'acidité, qui atteint 8,4 grammes, elle se situe dans la moyenne des dix dernières années. Elle est identique à celle de 1994, inférieure à celle (plutôt exceptionnelle) de 1996 qui culminait à 10 grammes et supérieure à celle de 1993 (8,1 grammes), 192 et 1991 (7,9 grammes). Le couple titre alcoométrique-acidité est original. Sans doute est-il moins flatteur que celui de récoltes prestigieuses, telles 1996, 1995 et 1990, mais il se détache cependant nettement de bien d'autres récoltes. Les premières dégustations des vins au début et en cours de fermentation avaient quelque peu déçu ; certainement parce que l'état sanitaire et la maturité remarquable des raisins conduisaient à de grandes espérances. Mais à l'issue de cette étape importante, les vins ont commencé à développer des caractéristiques agréables que les chefs de caves apprécient. Les chardonnays font preuve d'une belle finesse et les pinots noirs expriment bien la typicité de leur terroir d'origine. Toutefois, ce sont les meuniers qui recueillent, cette année, les compliments les plus flatteurs. Il faut remarquer, cependant, que ces commentaires s'adressent aux raisins issus des crus où chacun de ces trois cépages est d'implantation traditionnelle et bien adaptée au terroir. Mis à part quelques lots qui manquent un peu d'étoffe, les vins sont jugés, dans l'ensemble, équilibrés et harmonieux, généreux et soyeux, gouleyants, conviviaux et charmeurs. Certains même mettent en évidence une ampleur, une richesse, une charpente et une complexité intéressantes. Ces derniers vins, dès lors qu'ils confirmeront leurs promesses, pourraient bien mériter d'être millésimés. Un tel millésime, de très petite quantité, serait le premier susceptible d'être commercialisé à partir du début du futur millénaire. Les autres vins,
qui ne démériteront pas pour autant, apporteront leur personnalité
séduisante dans des assemblages de haute qualité avec les
vins exceptionnels de 1996 et 1995, auxquels s'ajouteront souvent des
vins de réserve issus de récoltes antérieures. Ces
assemblages ne manqueront pas de ravir, dans quelques années, les
amateurs les plus exigeants.
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