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DES VIGNES AU
PLAISIR
TOUT SUR LA VENDANGE 1999 Les superlatifs manquent...
Et pourtant, face à la vendange que la Champagne vient de connaître, les qualificatifs et les superlatifs manquent pour bien rendre compte de la réalité. Après la vendange 1998, qualifiée à l'époque de miraculeuse, tant son volume important et sa qualité satisfaisante arrivaient à un moment capital où les regards du monde entier se tournaient vers les vins de Champagne portés au sommet de la fête et de la joie millénaristes, la vendange 1999 fait mieux encore. A l'heure du bilan, il faut constater que jamais la vigne champenoise n'a donné autant de raisins. Et cette abondance extrême ne fut pas préjudiciable à la qualité : les vins issus de cette récolte apparaissent plaisants et agréables ; une partie d'entre eux recevra sans doute la consécration du millésime. VOLUME DE LA RECOLTE : UNE QUANTITE ENORME ET JAMAIS OBTENUE La récolte
1999 apparaît - et de loin - comme la récolte la plus impressionnante
de toute l'histoire de la Champagne. Une météorologie propice Les caractéristiques climatiques de la saison 1998-1999 laissent apparaître des circonstances propices à l'épanouissement de la vigne. Faut-il évoquer un réchauffement de la planète comme certains scientifiques ? Contentons-nous de constater que la température sous abri, avec une moyenne annuelle de 11,7°C, dépasse la moyenne 1921-1980 (10,3°C) de 1,4°C. C'est un nouveau record. Depuis 1956 une seule année plus chaude est à remarquer : 1994 avec 12,2°C. 1990 et 1995 égalent les 11,7°C de 1999. L'hiver est plutôt doux, malgré des gelées, nocturnes et matinales, épisodiques jusque - 10°C en décembre, janvier et mars. La taille de la vigne s'effectue sous un ciel capricieux qui allie la pluie, le soleil et quelques chutes de neige. Le printemps arrive en fanfare. Le 12 mars, les températures culminent à 20°C durant plusieurs heures de la journée. Avril est marqué par des averses incessantes de pluie, de grésil et de neige. Aussitôt après le débourrement de la vigne, la gelée (- 4°C la nuit du 17 avril) cause quelques dégâts dans le bas de certains coteaux. Les orages règnent en maître durant tout le mois de mai : la grêle affecte 61 communes (en particulier Le Mesnil-sur-Oger, Mareuil-sur-Ay, Bisseuil, Villers-Marmery, Trépail, Bergères-les-Vertus, les vallées de l'Aube et de l'Ource), 2 840 hectares sont touchés dont 450 hectares apparaissent totalement détruits. La floraison intervient rapidement, dans les meilleures conditions possibles, à la faveur d'un temps propice, à la fin de la première quinzaine de juin. Mis à part
une forte pluviométrie au début juillet et un coup de froid
brutal à la mi-août, l'été est plutôt
chaud et sec. L'éclipse totale du soleil, le 11 août, qui
attire en Champagne plus de 500 000 observateurs, se déploie sur
un vignoble champenois resplendissant. Le 25 août la température
dépasse 35°C. Cet ensoleillement exceptionnel favorise une
évolution parfaite de la maturité des raisins. Toutes les estimations de la récolte potentielle convergent vers des volumes spectaculaires. Les capteurs de pollen, lors de la floraison, annoncent un rendement supérieur à 15 000 kilos à l'hectare. Une première modélisation mathématique et l'estimation faite sur place, fin juillet, confirment ce chiffre. L'escalade ne fait que commencer. Une seconde estimation dans chaque commune, début septembre, porte le rendement moyen à 16 900 kilos à l'hectare et une nouvelle modélisation mathématique monte jusqu'à 17 500 kilos à l'hectare. A la suite des pluies presque permanentes qui se sont abattues sur les vignes dès le début de la cueillette, le rendement moyen effectif, qui ne sera cependant jamais connu, a sans doute atteint ou dépassé les 19 000 kilos à l'hectare. La nature a donné à la Champagne quasiment deux récoltes au lieu d'une seule ! Jamais les vignes champenoises n'ont été aussi prolifiques. Dans certaines parcelles le rendement a pu monter bien au-delà des estimations moyennes (rappelons toutefois, au passage, que la densité des plantations en Champagne est d'environ 8 000 à 9 000 ceps à l'hectare, soit presque deux fois plus que dans la plupart des autres régions viticoles françaises). Une telle démesure présente un aspect d'autant plus excessif que cette même nature, si généreuse aujourd'hui, peut, à tout moment, comme ce fut souvent le cas dans le passé (à peine plus de 100 kilos à l'hectare en 1910 et 3 680 kilos à l'hectare en 1978), donner demain une récolte minuscule. Aucun vignoble dans le monde ne subit des contrastes aussi grands. Le recours au rendement maximum autorisé Compte tenu de ces
estimations élevées, de la qualité très prometteuse
de la récolte et de la nécessité de reconstituer
les stocks de vins de Champagne après le fort développement
commercial engendré par la consommation lors du changement de millénaire,
l'opportunité de recourir au rendement maximum autorisé
par la réglementation en vigueur s'est imposée dans les
esprits champenois pendant la période estivale. Une telle diminution a été mise en oeuvre à l'occasion des vendanges 1994 et 1997 (cette dernière avait été très amputée par une invasion phénoménale du mildiou). Quant au dépassement,
qui est limité par la réglementation en vigueur pour chaque
appellation, le décret du 22 décembre 1994 relatif à
l'appellation d'origine contrôlée Champagne fixe un rendement
maximum égal à 13 000 kilos de raisins à l'hectare.
Quelles que puissent être les circonstances, cette limite ne peut
pas être dépassée et son utilisation éventuelle
doit rester exceptionnelle. Les raisins cueillis au-delà de 13 000 kilos à l'hectare constituent des excédents qui ne peuvent pas bénéficier de l'appellation Champagne et qui sont destinés à la distillerie. Ces quantités, mentionnées dans les déclarations de récolte des récoltants concernés, s'élèvent à 427 465 hectolitres. Elles proviennent de la plupart des crus, à l'exception de ceux touchés par la grêle ou d'autres aléas très localisés. Il faut bien constater, par ailleurs, que des raisins sont restés dans les vignes. La cueillette sélective, pratiquée par nombre de récoltants, a écarté les grappes qui n'étaient pas assez mûres ou qui présentaient des anomalies qualitatives. Mais cette explication n'est pas suffisante. Une réflexion s'impose sur une meilleure maîtrise du rendement agronomique. Plusieurs autres régions viticoles à appellation, confrontées au même problème, ont pris des initiatives intéressantes qui méritent d'être examinées et appliquées en Champagne. Autre problème rencontré à l'occasion de cette vendange hors du commun : le traitement des effluents issus du pressurage. Des aménagements importants et nombreux ont été réalisés depuis plusieurs années dans ce domaine. C'est ainsi que 100 millions de francs viennent d'être investis par les professionnels concernés pour adapter leurs installations. De leur côté, l'Etat et les collectivités territoriales ont financé plusieurs équipements publics. Mais il faudra encore quelque temps pour terminer le programme des travaux nécessaires. Tous ces efforts ont pour objectif d'assurer la protection de l'environnement. Compte tenu d'une surface en production de 30 147 hectares, la récolte revendiquée en appellation Champagne s'élève à 333 millions de bouteilles. Elle arrive au second rang des plus volumineuses récoltes de toute l'histoire de la Champagne, presque à égalité avec la vendange de 1998 (334 millions de bouteilles). Viennent ensuite les récoltes 1983 (305 millions de bouteilles), 1992 (287 millions de bouteilles), 1995 (287 millions de bouteilles), 1982 (282 millions de bouteilles) et 1990 (280 millions de bouteilles). QUALITE DES RAISINS : LA PLUIE NE DEVRAIT PAS EMPECHER LE MILLESIME Il faut bien constater, une fois de plus, que l'abondance - même extrême - et la qualité peuvent se conjuguer en Champagne. La récolte 1999, après celles de 1998 et de nombreuses années antérieures, en apporte une preuve supplémentaire et incontestable. Et pourtant la Champagne est passée très près d'une catastrophe, car la pluie qui s'acharna à tomber pendant presque toute la cueillette aurait pu provoquer des dégâts considérables. Une cueillette sous la pluie Après une période estivale ensoleillée et sèche, le mois de septembre débute dans des conditions très favorables. La situation climatique exceptionnelle laisse présager une vendange magnifique ; tous les indicateurs qualitatifs tendent vers une quasi-perfection : état sanitaire des raisins optimal, richesse en sucre élevée, acidité moyenne. Un enthousiasme général se propage. L'Association viticole champenoise, présidée par M. Claude Taittinger, s'est réunie le 7 septembre 1999, un jour de grand et chaud soleil. Les dates d'ouverture de la cueillette proposées par les délégués de toutes les communes de la Champagne s'étalaient du 14 septembre pour les crus les plus hâtifs jusqu'au 26 septembre pour les crus les plus tardifs. Un départ anticipé était possible pour les porte-greffes autres que le 41 B. Les premiers coups
de sécateurs ont été donnés dans la Côte
des blancs, la région de Sézanne et à Montgueux.
C'est alors que la pluie s'installe. D'abord par intermittence la nuit,
puis le jour et enfin presque sans discontinuité. L'armée
des quelque 100 000 cueilleurs de raisins engage une lutte acharnée
contre le temps. Il faut mettre à l'abri, au plus vite, une récolte
considérable que la pluie risquait fort de gâcher. Les meilleurs vins devraient être millésimés La synthèse
des analyses effectuées sur les raisins tout au long de la vendange
a permis d'établir les résultats qui suivent quant au degré
potentiel et à l'acidité totale de la récolte. Quant à l'acidité, qui atteint 6,3 grammes par litre, elle est très inférieure à la moyenne des vingt dernières années. A l'exception de 1959 (6,3 grammes par litre), toutes les autres récoltes sont marquées par des acidités nettement plus élevées. Les plus proches sont celles de 1989 (7,3 grammes par litre), 1991 (7,7 grammes par litre), 1992 (7,8 grammes par litre) et 1990 (8,0 grammes par litre). Cette faible acidité est bien la conséquence, pour une large part, de la chaleur estivale puis de la pluie pendant la cueillette. Le couple degré potentiel-acidité est original et atypique. Sans doute est-il moins flatteur que celui des récoltes prestigieuses, telles que 1996 et 1990. Mais il semble cependant plus prometteur que celui de bien d'autres récoltes. Des similitudes apparaissent avec 1992 et 1989. Les dégustations
effectuées au début et au cours de la première fermentation
en cuves ont confirmé une impression plutôt favorable. Les
vins sont nets, francs et mûrs. A l'issue de cette étape
importante, des caractéristiques aromatiques intéressantes
et agréables, appréciées par les chefs de caves,
ont commencé à s'épanouir. Ce sont les meuniers
qui recueillent, cette année, les compliments les plus élogieux.
Leur finesse et leur noblesse séduisent.
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